
DUGUDUS
Dugudus est graphiste, illustrateur. Il se passionne pour la représentation de l'image sociale et politique française.
Les affiches politiques qui portaient des messages de résistance et d'espoir ont aujourd'hui presque disparu, Dugudus poursuit cette tradition en offrant une nouvelle identité à l'image engagée.
Il réalise à 20 ans sa première affiche politique en collaboration avec François Miehe, fondateur du collectif ‘Grapus’ issu des Ateliers Populaires de 68. Après avoir étudié en France : école Estienne et U, il poursuit son parcours à Cuba au sein de l'ISDi (Institut Supérieur de Design) à la Havane. Il a 22 ans lorsqu'il entreprend de raconter l'histoire de l'affiche cubaine, ce que personne n'avait entrepris auparavant. Son travail devient un livre : “Cuba Grafica” publié en 2013 aux éditions l'Echappée, dont la sortie sera saluée par la presse et les médias français. Il travaille auprès des plus grands graphistes cubains et apprend à imprimer ses propres images en sérigraphie. Au cours d'un séjour en Argentine, il rencontre Diego Posada à Buenos Aires, graphiste militant du Taller Popular de Serigrafia - le collectif sérigraphiait directement dans la rue ses affiches de révolte contre la politique du gouvernement.
Dugudus transporte ce projet à Paris et monte son premier atelier de sérigraphie de rue sur le parcours du cortège du 1er mai 2012. Les images sont imprimées dehors et distribuées directement aux manifestants. Cette expérience rencontre un franc succès et se renouvelle. Sur ses affiches qu'il placarde sur les murs de Paris, Dugudus interpelle les passants avec humour et provocation tout en désacralisant la politique.
Ses images ont pour mission de nous bousculer, de nous faire réagir sur les enjeux de notre société.
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De Grapus aux murs de Paris

Régis Léger, connu sous le pseudonyme Dugudus, grandit avec un surnom hérité du patois de son père, originaire du Nord, où dugudus désigne le "petit bonhomme". C'est une enseignante qui, dès l'enfance, détecte ses dispositions et l'oriente vers l'école Estienne. Lors de ses études à l'école Estienne puis à l'école des Gobelins, il commence à militer au sein du Mouvement des Jeunes Communistes et devient chargé de communication de la fédération de Paris. C'est précisément dans ce contexte militant que le graphisme cesse d'être un exercice académique pour devenir un outil : la JC puis le Parti communiste lui commandent ses premières affiches, c'est ainsi qu'il commence à allier graphisme et politique.
La rencontre avec François Miehe est fondatrice. Grapus a été fondé par Pierre Bernard, François Miehe et Gérard Paris-Clavel, qui se retrouvèrent au sein des Ateliers Populaires lors de mai 68, où les étudiants des Beaux-Arts et des Arts Déco produisaient chaque jour des milliers d'affiches pour la lutte populaire. Grapus revendiquait de "mettre en pratique le communisme" par un travail collectif sous signature collective, et se consacra jusqu'en 1977 essentiellement à l'image politique, renouvelant la communication du PC et de la CGT. C'est à partir de 2009 que Dugudus réalise ses premières affiches politiques en collaboration avec ce fondateur historique de Grapus. Ce compagnonnage intergénérationnel inscrit d'emblée la pratique de Dugudus dans une filiation directe avec l'un des courants les plus exigeants du graphisme militant français.
Une image de Grapus représentant Marx faisant de l'auto-stop, pour la Fête de la Jeunesse à Ivry dans les années 1990, est celle qui a donné à Dugudus l'envie de faire du graphisme politique, le déclencheur de ses études. Il trace explicitement sa source dans l'aventure de Grapus, le collectif des années 1970-1980, et comme eux cherche un "graphisme d'utilité publique".
Cette filiation se traduit concrètement dans la manière dont Dugudus occupe l'espace public parisien. Sur ses affiches qu'il placarde sur les murs de Paris, il interpelle les passants avec humour et provocation tout en désacralisant la politique. La rue n'est pas un simple support : il n'hésite pas à déplacer son atelier en plein air pour prendre part aux différents mouvements sociaux, les affiches étant imprimées en sérigraphie puis diffusées gratuitement le long des cortèges.
La structuration de cette démarche collective prend une forme institutionnelle en 2019. Dugudus est membre-fondateur du collectif Formes des Luttes, qui se crée en pleine mobilisation contre la réforme des retraites, avec l'intention de redynamiser le secteur de l'affiche politique en créant des liens entre les auteurs et en y intégrant la jeune génération de graphistes. En 2024, il devient par ailleurs vice-président du CIRIP, le Centre de Recherche de l'Image Politique. Ses affiches sont entrées dans les collections de nombreux musées, du Mucem à Carnavalet, en passant par la BnF et le Musée de l'Homme.
En 2025, sa première monographie, Politique de l'image, éditée aux éditions Le Temps des Cerises, retrace quinze années de pratique à travers plus de 280 affiches. L'ouvrage aborde sa pratique avec théories et anecdotes, dévoilant les coulisses de créations qui ponctuent depuis ces dernières années la vie politique et sociale française.
Cuba, naissance d'un sérigraphe

En 2010, Dugudus quitte la France pour s'installer à La Havane, où il intègre l'ISDi (Instituto Superior de Diseño), l'une des grandes écoles de design cubaines. Pendant neuf mois, il se familiarise avec la culture, la langue et la jeunesse cubaine , tout en menant en parallèle un travail de recherche graphique d'une ampleur inattendue.
À 22 ans seulement, il entreprend ce que personne n'avait jamais tenté avant lui : reconstituer l'histoire complète de l'affiche cubaine. Le chantier s'avère considérable. Aux côtés de Jorge-Félix Benavidez et en collaboration avec les meilleurs spécialistes cubains, il reconstitue peu à peu l'histoire graphique d'un pays où de petites merveilles demeuraient encore inconnues du reste du monde. Quatre années de recherches aboutissent à un livre, Cuba Gráfica, publié aux éditions L'Échappée, dont la sortie est saluée par la presse et les médias français.
L'ouvrage couvre un territoire graphique immense. Depuis plus d'un siècle, des affiches jouent un rôle central dans la diffusion des idées et de la culture cubaine, et Cuba Gráfica présente les chefs-d'œuvre d'un patrimoine graphique resté jusqu'alors difficile d'accès. Le style cubain en tant que tel émerge avec l'arrivée de la sérigraphie dans les années 1940, une technique d'impression manuelle qui ne quittera plus l'île et deviendra un savoir-faire et une tradition nationale revendiqués. C'est précisément ce rapport organique entre le geste imprimeur et le discours politique qui fascine Dugudus.
Le séjour cubain n'est pas seulement documentaire. C'est au contact des plus grands graphistes cubains que Dugudus apprend à imprimer lui-même ses propres images en sérigraphie. La maîtrise technique acquise à La Havane, avec ses contraintes de couleurs en aplats et de tracés nets imposées par la sérigraphie, marque durablement son esthétique : aplats francs, bichromie, économie du trait. Son lien avec Cuba est fortement ancré en lui et marque ses influences.
Ce voyage sud-américain a un prolongement argentin décisif. Au cours d'un séjour en Argentine, Dugudus rencontre Diego Posadas, graphiste militant du Taller Popular de Serigrafia. Ce collectif de sérigraphistes révolutionnaires a été actif entre 2002 et 2007 à Buenos Aires. En utilisant la sérigraphie pour réagir immédiatement aux événements politiques, ses membres faisaient de leurs œuvres un instrument de lutte sociale, imprimant directement sur les vêtements des manifestants et produisant des affiches distribuées dans la rue. Cette rencontre avec Diego Posadas est une révélation : la sérigraphie peut quitter l'atelier et s'installer au cœur du cortège, transformant le geste artisanal en acte politique direct.
L'atelier Dugudus, entre rue et papier

L'atelier Dugudus occupe depuis plusieurs années un espace de travail ancré dans le XXe arrondissement de Paris, d'abord rue Henri Chevreau, puis 43 rue de la Mare, au cœur de Belleville. Ce territoire n'est pas un choix anodin : ce quartier populaire, historiquement lié aux luttes ouvrières et à une culture visuelle foisonnante, constitue un terreau naturel pour une pratique artistique aussi enracinée que la sienne.
La sérigraphie manuelle est au centre de toute la production de l'atelier. Chaque impression est tirée à la main, en éditions limitées, numérotées et signées. Ces sérigraphies sur papier circulent sur deux registres simultanément : elles sont exposées dans la rue et disponibles à la vente dans l'espace boutique intégré à l'atelier. Cette double vie de l'image, entre le mur et le papier de collection, est constitutive de l'identité de Dugudus en tant qu'affichiste.
L'atelier n'est pas un espace fermé sur lui-même. Dugudus y organise régulièrement des formations à la sérigraphie, en petits groupes, avec des sessions de découverte et des journées d'initiation complètes. Les participants y apprennent les étapes concrètes du procédé : insolation, préparation des encres, dégravage, impression sur papier épais. Cette dimension pédagogique prolonge une conviction centrale : la technique d'impression doit rester accessible, transmissible, collective.
L'atelier a également essaimé en dehors de ses murs. Dugudus l'a transporté dans des institutions culturelles comme le Musée de l'Homme, où il a animé des sessions de sérigraphie ouvertes au public, transformant l'atrium en espace d'impression le temps d'une journée. Cette mobilité est au cœur de sa démarche : la presse, la rue et la salle d'exposition ne sont pas des espaces antagonistes mais des scènes complémentaires pour une même image engagée.
En 2025, la monographie Politique de l'image, publiée aux éditions Le Temps des Cerises, rassemble plus de 250 affiches et créations graphiques produites sur quinze années de pratique. L'ouvrage aborde les coulisses de chaque création, les anecdotes de terrain, les théories visuelles qui guident ses choix. Il constitue à ce jour le document le plus complet sur le travail de l'atelier Dugudus, depuis les premières expériences de sérigraphie de rue jusqu'aux commandes institutionnelles les plus récentes.
Plusieurs œuvres de Dugudus ont par ailleurs intégré les fonds de grandes institutions patrimoniales françaises, dont la Bibliothèque Nationale de France et La Contemporaine à Nanterre, qui conserve un fonds d'affiches consultables. La production de l'atelier, pensée pour la rue et le mouvement, trouve ainsi une forme de permanence dans les collections publiques.
L'affiche engagée comme forme artistique

L'affiche politique française s'est construite autour d'une conviction fondamentale : l'image peut là où le discours échoue. Lorsque les médias sont contrôlés ou en grève, le mur devient le seul espace de parole libre et immédiate. C'est dans cet héritage que s'inscrit pleinement le travail de Dugudus. Considéré comme l'un des graphistes les plus prolifiques de sa génération, il poursuit le savoir-faire de l'affichisme en offrant une nouvelle identité à l'image engagée.
Ce qui distingue son approche, c'est le refus d'un graphisme décoratif ou neutre. L'engagement politique et social constitue le fil conducteur de son travail, qu'il place à l'opposé d'un graphisme qu'il considère comme vide de sens et de combat. Ses affiches jouent sur un registre à la fois direct et subtil : entre humour, douceur et provocation, elles ont pour ambition de bousculer le regard et de susciter une réflexion sur la société. Cette économie de moyens visuels, héritée des grandes traditions sérigraphiques militantes, réussit à allier coup de poing graphique et fulgurance du message.
Dugudus formule lui-même cette idée avec clarté : une image, par le ton qu'elle emploie et par son esthétique, peut redonner du désir et de l'énergie au combat politique. L'humour, dit-il, permet à une affiche d'avoir un effet plus mobilisateur et joyeux là où un long discours risque d'ennuyer. Ce positionnement place son travail à la croisée du graphisme de rue, de l'illustration militante et du street art engagé, sans se laisser enfermer dans aucune de ces catégories.
La dimension collective et populaire de la diffusion est elle aussi constitutive de sa pratique. Il n'hésite pas à déplacer son atelier en pleine rue pour prendre part aux mouvements sociaux, les affiches étant imprimées en sérigraphie puis distribuées gratuitement le long des cortèges. Photographiées, relayées sur les réseaux sociaux, arrachées par des collectionneurs de street art, ses images circulent bien au-delà des rues parisiennes.
Ce rapport à la rue comme espace d'exposition et de dialogue direct n'est pas une contrainte mais un choix. Si Dugudus choisit les murs comme média, ce n'est pas par défaut : selon ses propres mots, "les murs imposent une relation directe et sans intermédiaire au peuple". Ses affiches marquent depuis plusieurs années le paysage politique et social français , au point que certaines figurent aujourd'hui dans les collections de plusieurs musées. L'affiche engagée, dans son travail, n'est ni un support de communication ni un objet décoratif : c'est une forme artistique à part entière, qui tire sa force de sa capacité à prendre position dans l'espace public.
Projets majeurs : Commune, Nouveau Front Populaire

Le projet « Nous la Commune » constitue l'une des réalisations les plus ambitieuses de Dugudus. À l'occasion du 150e anniversaire de la Commune commémoré par la Ville de Paris, Dugudus œuvre au projet Nous la Commune dans le cadre d'une cérémonie, d'une exposition extérieure itinérante et d'une publication d'art. Organisée en pleine pandémie, le projet développe une exposition extérieure compatible avec le contexte de la crise sanitaire, articulée autour de cinquante figures parmi la foule des insurgés. La démarche est rigoureusement documentaire autant que graphique : les personnages, connus ou tombés dans l'oubli, sont représentés dans leurs costumes d'époque, dont la restitution résulte d'un travail iconographique précis mené en lien avec le Musée de l'Armée, puis imprimés à taille réelle. Les recherches historiques ont été conduites par l'historien Hugo Rousselle.
Imprimés à taille réelle, les communards de l'artiste furent dévoilés lors d'une performance officielle sur la Butte-Montmartre, puis présentés sur les grilles de grands monuments parisiens : Hôtel-de-Ville, Place de la Bastille, Gare de l'Est. Véritable enquête visuelle, ce travail d'assemblage de photographies d'époque, de caricatures et de descriptions est traduit par le trait de l'artiste, permettant de découvrir cinquante portraits d'insurgés. La restitution graphique dépasse le simple exercice mémoriel : il s'agit de faire exister visuellement des individus dont l'histoire n'a parfois conservé que des traces ténues, et de les réinscrire dans l'espace public là où ils ont combattu.
En juin 2024, Dugudus signe l'un des visuels politiques les plus rapidement diffusés de l'actualité française récente. L'affiche pour le Nouveau Front Populaire est réalisée au lendemain de l'accord historique trouvé entre les différentes composantes politiques de gauche. Au soir des résultats des élections européennes, Dugudus se lance durant une nuit entière dans la création de cette image, avec son camarade Theo Scheid qui réalise le logo. Il assure également l'affiche et la communication du lancement de campagne du « Front Populaire » initié par François Ruffin, au lendemain de la dissolution de l'Assemblée par Emmanuel Macron le 9 juin 2024.
Ces deux projets illustrent une constante dans la pratique de Dugudus : l'articulation entre mémoire collective et urgence politique du présent. L'image d'opinion y est traitée comme un acte de commande au sens plein du terme, ni illustration décorative ni communication institutionnelle, mais outil construit dans l'urgence et conçu pour circuler. Publiées via le collectif Formes des luttes, les affiches de Dugudus sont signées de leur auteur et servent également à la création d'autocollants distribués en manifestations.
Cette implication dans les grands temps forts de la vie sociale et politique française se reflète également dans son travail éditorial. Avec une sélection de plus de 250 affiches et créations graphiques, Politique de l'image retrace quinze années de productions de l'artiste Dugudus. L'ouvrage est sorti en librairie le 11 avril 2025 aux éditions Le Temps des Cerises. Ses œuvres sont exposées dans des biennales, galeries d'art et événements artistiques, et certaines ont intégré les fonds de grands musées.
FAQ – Dugudus, graphiste et affichiste engagé
Qui est Dugudus ?
Dugudus, de son vrai nom Régis Léger, est un graphiste, illustrateur, affichiste et street-artiste parisien dont toute la pratique artistique est ancrée dans l'image politique et sociale engagée.
Son surnom vient de son père ch'ti, qui utilisait le patois dugudus, signifiant "p'tit bonhomme". Très jeune, il rejoint les jeunesses communistes et se passionne pour le graphisme politique hérité de mai 68. C'est en collaboration avec François Miehe, fondateur du collectif Grapus issu des Ateliers Populaires, qu'il réalise ses premières affiches politiques à partir de 2009.
Après des études à l'école Estienne et à l'école des Gobelins, il poursuit son parcours à Cuba en 2010 au sein de l'ISDi, Institut Supérieur de Design de La Havane. En 2013, il publie Cuba Gráfica aux éditions L'Échappée, premier ouvrage consacré à l'histoire de l'affiche cubaine, et c'est aux côtés des plus grands graphistes de l'île qu'il apprend à maîtriser la sérigraphie.
De retour en France, Dugudus transporte à Paris le modèle de l'atelier de sérigraphie de rue, en imprimant et distribuant ses affiches directement aux manifestants lors de cortèges. En 2019, il co-fonde le collectif Formes des Luttes, dont l'intention est de redynamiser le secteur de l'image d'opinion. En 2025, une première monographie retraçant quinze années de pratique à travers plus de 280 affiches est publiée aux éditions Le Temps des Cerises.
Quelle est la technique utilisée par Dugudus pour réaliser ses affiches ?
Dugudus réalise ses affiches principalement en sérigraphie, une technique d'impression manuelle qu'il a apprise à Cuba auprès des grands graphistes de l'île, et qu'il pratique en atelier comme en pleine rue.
La technique de réalisation occupe une place centrale dans sa démarche : Dugudus travaille manuellement, en utilisant l'ordinateur seulement comme second recours. Ce choix n'est pas anodin : il cherche à donner de l'humanité à ses affiches, là où la société de consommation l'efface, avec un trait de main derrière lequel n'importe quel être humain peut s'identifier.
C'est à Cuba, aux côtés des plus grands graphistes cubains, qu'il apprend à imprimer ses propres images en sérigraphie. Cette formation influence durablement sa pratique. Sa rencontre en Argentine avec Diego Posadas, graphiste militant du Taller Popular de Serigrafia, un collectif qui sérigraphiait directement dans la rue ses affiches de révolte contre le gouvernement entre 2001 et 2007, le conduit à transporter ce modèle à Paris, en montant son premier atelier de sérigraphie de rue sur le parcours du cortège du 1er mai 2012. Comme à Buenos Aires, les images sont imprimées en plein air et distribuées directement aux manifestants.
Dans son atelier, il crée des œuvres en sérigraphie en éditions limitées, à la fois exposées dans la rue et disponibles sous forme d'impressions numérotées et signées.
Qu'est-ce que le livre Cuba Gráfica de Dugudus ?
Cuba Gráfica est un ouvrage de référence sur l'histoire de l'affiche cubaine, rédigé par Dugudus (Régis Léger) et publié en 2013 aux éditions L'Échappée, dans la collection Action graphique.
Le projet naît en 2010, quand Dugudus part étudier à l'ISDi (Instituto Superior de Diseño) à La Havane et entreprend, à 22 ans, ce que personne n'avait jamais tenté avant lui : raconter l'histoire de l'affiche cubaine. Il faut retourner plusieurs fois à Cuba pour retrouver ces images une à une, en explorant les collections des familles de graphistes, les archives de musées et les fonds de particuliers. Le projet met au total près de quatre années à se constituer et embrasse plus d'un siècle de tradition graphique.
Depuis plus d'un siècle, de l'époque de la domination espagnole à nos jours, les affiches ont joué un rôle central dans la diffusion des idées et de la culture cubaine. Cuba Gráfica présente les chefs-d'œuvre d'un patrimoine graphique resté jusqu'alors difficile d'accès, dont l'incroyable richesse a eu du mal à dépasser les frontières du pays. Plus d'une dizaine de spécialistes cubains, historiens, graphistes et professeurs, y livrent leurs témoignages sur des thématiques aussi variées que l'arrivée de la sérigraphie, les affiches de solidarité internationale ou encore la place des femmes dans le graphisme.
La publication de Cuba Gráfica marque durablement les influences graphiques de Dugudus. C'est au contact des plus grands graphistes cubains qu'il apprend à imprimer ses propres images en sérigraphie , une technique qui deviendra centrale dans toute sa pratique d'affichiste engagé. La sortie du livre est saluée par la presse et les médias français.
Quel lien Dugudus entretient-il avec la tradition des Ateliers Populaires de Mai 68 ?
Dugudus entretient un lien direct et incarné avec la tradition des Ateliers Populaires de Mai 68 : il réalise à 20 ans sa première affiche politique en collaboration avec François Miehe, fondateur du collectif Grapus issu des Ateliers Populaires de mai 68. Ce compagnonnage avec un acteur de la première heure n'est pas anecdotique : il constitue une transmission en acte du graphisme militant français.
Grapus désigne un collectif de graphistes fondé par Pierre Bernard, Gérard Paris-Clavel et François Miehe, qui se sont connus à l'Atelier populaire de l'école des arts décoratifs en Mai 68. Ses membres ont produit certaines des affiches célèbres de mai 1968 avant de se retrouver pour promouvoir un graphisme d'utilité publique, enragé, poétique et dépouillé des codes publicitaires.
Pour Dugudus lui-même, il existe une grande culture française du graphisme politique, et le groupe Grapus en représente la figure la plus importante : des anciens des arts déco qui se sont rencontrés en mai 68 et ont travaillé pour le Parti communiste et la CGT jusqu'aux années 90, un travail qu'il décrit comme une révélation. Le graphisme militant n'est aujourd'hui ni enseigné ni transmis dans les écoles, alors même qu'il existe une vraie culture française qui remonte bien avant 68. En s'appuyant sur cet héritage et en le prolongeant par la sérigraphie de rue, Dugudus s'est imposé comme l'importateur en France de la sérigraphie de rue, portant un savoir-faire artistique qu'il estime en péril et qu'il cherche à faire revivre.
Dugudus a-t-il réalisé des affiches pour des mouvements politiques récents ?
Dugudus a réalisé des affiches pour de nombreux mouvements politiques et sociaux récents, en intervenant directement dans les cortèges avec son atelier de sérigraphie de rue.
Depuis 2012, Dugudus transporte son atelier dans la rue pour imprimer ses affiches au cœur même des manifestations, les distribuant gratuitement aux passants et aux manifestants. Cette pratique s'est renouvelée à plusieurs occasions : manifestations pour le Mariage pour tous, Nuit Debout, Marche pour la 6e République, Fête à Macron.
Lors du mouvement contre la réforme des retraites, il crée une affiche distribuée à Paris le 31 janvier 2023, inspirée des scènes de combat de la guerre civile espagnole, où les fusils sont remplacés par des cannes, transformant un symbole de lutte armée en métaphore de résistance intergénérationnelle. L'œuvre connaît un tel engouement qu'elle est réimprimée à trois mille exemplaires supplémentaires, les ventes servant ensuite à alimenter des caisses de grève.
Dugudus intervient aussi lors de commémorations de la Commune de Paris, pour la défense de l'hôpital public après la pandémie de Covid-19, et s'est même rendu en 2021 dans un camp de réfugiés kurdes en Grèce pour réaliser une fresque participative. Il a également réalisé une affiche officielle pour Jean-Luc Mélenchon lors d'une élection présidentielle, puis une autre appelant à voter pour la Nupes aux législatives.
En 2019, Dugudus co-fonde le collectif Formes des Luttes, dont l'intention est de redynamiser le secteur de l'image d'opinion. S'il est très marqué à gauche, Dugudus ne fait la promotion d'aucun candidat en particulier : son travail est avant tout l'expression d'une contestation, la dénonciation des maux de la société française.
Les œuvres de Dugudus sont-elles exposées dans des musées ?
Oui, les œuvres de Dugudus sont présentes dans les collections permanentes de plusieurs musées et institutions patrimoniales français. Ses affiches ont intégré les fonds du MUCEM (Musée national des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée) à Marseille, du Musée national de l'histoire de l'immigration au Palais de la Porte Dorée à Paris, de la Bibliothèque nationale de France (site François-Mitterrand) et de la Contemporaine à Nanterre.
Ses affiches sont également exposées dans de nombreuses biennales et festivals de graphisme internationaux, et ont intégré les fonds de musées nationaux et étrangers. Parmi les expositions institutionnelles notables figure notamment la participation à l'exposition Graphisme contemporain et engagement(s) à la BNF en 2015, ainsi que l'exposition En droits ! au Musée de l'Homme à Paris en 2019, et Affiches contre le racisme au Musée de l'immigration en 2016.
En 2021, ses affiches font l'objet d'une exposition au MUCEM à Marseille, dans le cadre du projet Les résistances de A à Z, tandis qu'en 2022 une exposition permanente intitulée L'Atelier de l'histoire lui est consacrée à la Contemporaine à Nanterre. En 2025, ses œuvres sont exposées au Musée Dobrée de Nantes. À l'international, ses affiches sont présentées dans de grands festivals de graphisme, dont la Biennale de l'affiche de Varsovie et le Musée d'Ogaki au Japon.
Qu'est-ce que le projet Nous la Commune de Dugudus ?
« Nous la Commune » est un projet artistique et mémoriel initié par Dugudus à l'occasion du 150e anniversaire de la Commune de Paris, réunissant une exposition extérieure itinérante, une cérémonie et une publication d'art autour de cinquante figures de la foule insurgée de 1871.
Organisé en pleine pandémie, le projet a pris la forme d'une exposition extérieure itinérante adaptée au contexte sanitaire : les personnages, connus ou oubliés, ont été représentés dans leurs costumes d'époque, restitués grâce à un travail iconographique rigoureux mené en lien avec le Musée de l'Armée. Chaque silhouette a été imprimée à taille réelle , créant une confrontation directe entre le passant et les combattants d'hier, replacés sur les lieux mêmes qu'ils avaient traversés.
Anonymes ou plus connus, ces personnages reflètent dans leur diversité les combattants et militants de la Commune, que Dugudus fait ainsi rencontrer au public sur les lieux qu'ils ont marqués. Les textes et les recherches historiques ont été menés par l'historien Hugo Rousselle.
Le projet a également donné lieu à une publication d'art rassemblant les cinquante dessins de Dugudus et les biographies rédigées par Hugo Rousselle, enrichie des contributions de l'historienne Mathilde Larrère et du spécialiste de l'affiche Alain Gesgon. Après un premier tirage auto-édité, une seconde édition a été publiée sur beau papier aux éditions Locus Solus.



























































